Unesco Minett Biopsphere

© Thomas Jutzler

Daydream Minett Unesco biosphère

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L’Homme et la Biosphère

En 2020, la région Minett a été reconnue par l’UNESCO comme une réserve de biosphère. Les paysages fabriqués par l’homme et désormais renaturés sont tout à fait hors du commun. Aller à leur découverte est une expérience féérique.

« Des barbes ! », voilà ce qui me vient à l’esprit. Les arbres ont des barbes vertes ! Ils commencent à me parler. Je suis en Terre du Milieu, c’est évident. D’ailleurs, les nains qui travaillaient dans les mines n’ont-ils pas joué un rôle majeur dans « Le Hobbit » ? Je ne serais pas étonné que l’un d’eux sorte d’une des cavités sombres qui se trouvent un peu partout ici, creusées dans la roche.

Unesco Minett Biosphere

© Thomas Jutzler

Ce sont des entrées de mines magnifiquement maçonnées et parfaitement serties, mais abandonnées depuis des années. Un vert de mousse a envahi les lieux. Lorsque l’on se tient devant ces entrées, on ressent un air froid et mouvant qui souffle sur la peau. Ça donne la chair de poule. Avant même de s‘approcher du fond de la mine, on remarque un changement de température qui fait froid dans le dos. Des vents très légers, humides et frais, annoncent les galeries souterraines qui parcourent tout sous terre ici dans le Minett.

Cette humidité fraîche qui accompagne ces cavités creusées par l’homme sont probablement à l’origine des barbes qui poussent aux arbres. De véritables tignasses mousseuses et foisonnantes pendent des branches et donnent aux troncs graciles un aspect bizarre, presque mystique. La Terre du Milieu, donc. J.R.R. Tolkien se serait senti inspiré, ici.

En transition

Le paysage du sud du Luxembourg est troué, poinçonné. Il ressemble aux reliefs d’un festin de géants. Mais les géants de l’acier qui ont festoyé ici autrefois et tout dévoré alentour ont presque tous disparu. Il ne reste plus que ces lieux qui racontent une exploitation industrielle excessive et qui montrent également que l’influence de l’homme sur la nature peut être, au-delà du profit, positive. Du moins si l’industrie finit par fermer. La fermeture des sites miniers a permis le développement de toute une flore et l’émergence d’une certaine faune. Dans le microclimat de ces mines à ciel ouvert renaturées, certaines plantes rares ont trouvé leur terreau. Insectes et petits animaux sont de retour. Orchidées, papillons, chauves-souris, amphibiens, lézards, reptiles, pour ne citer qu’eux, sont à découvrir lors d’une randonnée dans cette réserve de biosphère de l’UNESCO.


Tandis que nous sortons de la forêt humide et noueuse en suivant les anciennes voies d’approvisionnement et les rails désaffectés, nous rencontrons encore quelques lézards en pleine sieste au soleil. Dérangés par nos pas, ils disparaissent rapidement dans les sous-bois. De l’eau s’accumule dans des dépressions du sol mais le profane ne peut déterminer s’il s’agit là d’un biotope d’origine humaine ou naturelle. Quand, par exemple, une cavité s’est effondrée dans une fosse abandonnée et qu’un bassin s’est formé à l’intérieur d’une dépression. Ce qui est étonnant, c’est la variété des insectes et des amphibiens que l’on peut observer à proximité de ces bassins. Des libellules viennent se poser ici et là sur une jolie fleur d’orchidée luisante. On entend croasser dans les buissons, et dans les rayons du soleil, au-dessus de l’eau scintillante, ce sont d’innombrables insectes que l’on voit danser.

Unesco Minett Biosphere

© Thomas Jutzler

Quelques centaines de mètres plus loin, c’est une tout autre vision : quand, dans cette ancienne mine à ciel ouvert, le soleil réchauffe la roche rouge foncé, une nature qui évoque le désert se révèle. Peupliers, bouleaux et pins se côtoient et offrent avec grâce leur ombre aux visiteurs qui circulent émerveillés à travers ce paysage.

Un phénix sorti du mâchefer

La nature a reconquis cette ancienne zone minière. Les amateurs de VTT l’ont conquise eux aussi. Au Lallenger Bierg, entre Esch et Kayl, je m’étonne de rencontrer un troupeau de moutons qui, comme un groupe de touristes, trébuche parmi les cailloux de couleur rouille. A l’inverse, les moutons, s’étonnent eux aussi de voir passer sur deux roues des gens bien étrangement vêtus, trébuchant également sur le terrain accidenté. Ici, le Bikepark est assez exigeant. Et à plusieurs titres : c’est un tourisme doux et bien géré, où une agriculture respectueuse participe, parmi des zones de protection de la nature, au soutien de la réserve de biosphère.

La différence entre les endroits où les yeux sombres et vides des entrées de puits apparaissent soudainement aux visiteurs dans d’étroits goulots envahis par les ronces et les zones minières à ciel ouvert ne pourrait pas être plus grande. C’est le règne du sec contre celui de l’humide, des terres à découvert contre celui des épais sous-bois, de la chaleur contre celui de la fraîcheur. Ce parcours à travers les zones climatiques peut se faire en une journée si l’on choisit le bon itinéraire de randonnée ou de VTT.

C’est précisément une renaturation réussie des zones industrielles et la reconquête de l’espace naturel par la faune et la flore qui étaient les prérequis pour intégrer le réseau mondial des réserves de biosphère de l’UNESCO et le programme intitulé « L’Homme et la Biosphère ». Ce n’est pas le retrait total de l’homme qu’il est question d’explorer mais plutôt son influence. L’interaction entre l’homme et la nature.

Transformation passionnante

L‘objectif est de passer d‘une économie industrielle à une économie de la connaissance en harmonie avec la nature. La réserve de biosphère du sud du Luxembourg se distingue au niveau mondial en raison de sa forte densité de population. Onze communes sur un territoire de 200 km2, de nombreuses mines et plusieurs anciennes zones minières à ciel ouvert font partie de cette réserve. Après la disparition de l’industrie lourde, la région devra prendre un nouveau visage, tout en préservant son héritage culturel et industriel.

Aujourd’hui, dans cette région du sud fortement peuplée, on constate que la biodiversité se renouvelle, notamment grâce au soutien de nombreux projets. En même temps, c’est une région marquée par une histoire culturelle qui mérite d’être sauvegardée, et qui connaît actuellement une belle transformation urbaine.

L’homme est un facteur déterminant dans la biosphère en mutation. Aujourd’hui, il a tout à fait pris conscience de son influence et sait même que si le chemin sera long : dans le sud du Grand-Duché, nous avons déjà une petite idée de la direction que prendra ce voyage.

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© Renata Lusso

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